Suite le l'histoire du Vrai Maseratiste

La vie après Maserati

Alors voilà, notre feu Maseratiste se retrouve de nouveau sans bagnole de vacance.

En passant, le Maseratiste s'appelle Jean-François Derien (Ji-èF pour les intimes, dont nous allons faire partie). Je sais que Derien c'est un peu nul mais c'est comme ça, on ne choisi pas son nom.

Déjà bien avant la vente de la Mase (ça a pris du temps) JF savait qu'il lui faudra une autre voiture pour la famille. Certes sa femme roule toujours en Peugeot 405 diesel qui malgré ses 350mkm n'a jamais réussi à rater le Contrôle Technique. Malheureusement après 20 ans de service la caisse commence à fatiguer et l'intérieur à sentir comme un vieux canapé. En plus elle se fait régulièrement arrêter pour le contrôle de papiers, alors que le Kangoo plus récent : jamais.

Alors que faire ?

Louer pour les vacances ? Pourquoi pas. Mais il faut faire vachement gaffe à ne pas abîmer, chose difficile avec les enfants. Acheter un Scenic ou une Laguna break ? C'est vrai que depuis que Renault a sorti des diesels de plus de 110ch on sent un changement d'attitude envers leurs conducteurs. Mais ca vieilli mal, y a qu'à voir la gueule des anciens Espaces, c'est ringard à en crever. Acheter une Alfa ? Les caisses sont belles, par contre la fiabilité … Encore son grand père, mort il y a 10 ans, lui disait de ne jamais acheter italien. Il n'a d'ailleurs pas eu tord, l'expérience de la Mase l'a confirmé. C'est dommage car elles ne sont pas si chères, surtout d'occasion.

Oui, au fait, force est de constater que depuis que JF n'a plus la Mase il ne parle plus trop des essences et ose penser que les diesels ne sont pas si mals. C'est moderne, ca ne consomme rien, c'est facile à conduire. Si en plus on a un modèle un peu poussé on peut même se faire plaisir au volant. Avoir une diesel qui pousse est devenu un signe, comment dire, pas de richesse mais plutôt d'un bon goût (associé à une certaine somme d'argent tout de même).

Avouons un petit secret : JF aimerait que les gens regardent qui est assis au volant quand il passe dans la rue. Il aimerait que les visages se retournent quand il sort de sa voiture sur un parking. Vous voyez ? Ce n'est pas la voiture, c'est lui qui intéresserait les gens. C'est vrai qu'une question du style " C'est toi qui a la … TDIXSJR bleue ? " adressée par un collègue ne serait pas désagréable non plus. Pour l'instant personne ne lui parle de son Kangoo, et heureusement d'ailleurs !

L'avantage de la Mase c'était le mythe. Non seulement elle marchait fort et déposait tout ce qui traîne sur la route mais en plus on n'avait même pas besoin de rouler souvent. Quelques phrases du style " Encore un con qui a voulu me pousser avec sa Sub " ou alors " je laisse refroidire LES turbos " plaçaient les repères et mettaient la distance avec les voitures de bofs.

Mais comme nous le savons déjà les Mases ce n'est pas pour JF. C'est un homme moderne qui veut profiter du progrès technique et apporter sa pierre dans l'édifice des expériences automobilistes.

Cette fois il prendra une auto fiable, confortable, sophistiquée, facile à revendre et de préférence allemande. D'ailleurs qu'est ce que vient faire " allemande " dans la liste des caractéristiques de la voiture ? JF a du mal à justifier ce point devant sa femme. Tout le monde sait que les allemandes sont plus chères que les autres, qu'elles se font beaucoup volé (d'ou le prix de l'assurance), que la main-d'œuvre est chère alors qu'au final elle amènent leurs occupants du point A au point B dans les mêmes délais que des Peugeot comparables. La femme de JF est a coté de la plaque ! Les allemandes sont une référence dans la fiabilité (si on ne regarde pas les statistiques) et dans la sécurité des passagers (argument béton avec les femmes qui ont des enfants). Elles sont super bien pensées pour tout usage, tous les magazines auto (et surtout Auto Plus) reconnaissent la polyvalence des ces voitures. Heureusement grâce à l'entourage elle sait au moins qu'il n'est pas sérieux d'envisager une Fiat ou une Opel., leur prix ridicule étant forcément justifié par quelque chose. Et même s'il paraît que les japonaises sont fiables leur finition est totalement en dessous des standards allemands (la femme de JF n'a jamais parlé de la finition mais ça reste un argument indiscutable).

La femme de JF aimerait un 4x4 (SUV en english). Vous savez ces grosses voitures hautes sur pattes avec plein d'ouvertures de partout, un gros coffre et faites pour rouler en ville et des fois sur l'autoroute. A ne pas confondre avec les véhicules TT (tout terrain) capables de monter sur les dunes ou aller chercher du bois en forêt par temps de pluie. TT n'a rien à voir non plus avec l'Audi TT, espèce de Coccinelle de frime pour jeunes cadres dynamiques ou femmes de cadres sup. Un 4x4 c'est pratique, c'est spacieux, on voit bien la route et on ne se fait pas accosté par des kasketalenvers en BM. Beaucoup de ses copines en sont très contentes. Seulement il parait que ce n'est pas écologique. D'ailleurs c'est une chose qu'elle aimerait comprendre, pourquoi les voitures faites pour la ville ne sont-elles pas écologiques ? JF s'en fiche des 4x4, les Cayennes et X5 sont trop chers.

Puisque rouler en 4x4 n'est pas bien la femme de JF voudrait un " monospace ". Un monospace n'est pas un engin pour aller tout seul dans l'espace. En fait ce n'est pas une opposition au mot " espace ", c'est plutôt un synonyme, du moins c'est comme ça que c'est vendu. Un monospace est un véhicule utilitaire ou on a installé des fenêtres pour exposer la marchandise à la lumière du jour, et ou l'espace prévu pour les marchandises à été remplis de sièges (du coup on se demande à quoi servent les fenêtres puisqu'il n'y a plus de marchandises). Ca donne donc un 4x4 avec des capacités réduites de franchissement des trottoirs. Par contre ca pollue moins que les 4x4 et c'est plus confortable pour faire de la longue route.

JF n'aime pas les monospaces. Malgré son penchant de plus en plus prononcé pour les diesels il a une âme d'automobiliste pour qui un camion est un camion et une voiture doit rester une voiture. Et lui il aimerait acheter une voiture, pas un camion.

Soyons honnête, JF veut une Audi. Déjà parce que c'est une allemande avec toutes les qualités citées plus haut. Mais aussi parce qu'il trouve que les gens qui les conduisent sont, comment dire, appréciés ? Non c'est pas ca. Bien ? Ce sont des gens bien ? Il n'en sait rien, ce sont peut être de sales cons. Non, il a du mal à croire qu'un type qui conduit une Audi puisse être un sale con. Bon je vais aider notre pauvre JF perdu dans le politiquement correct. Je vais paraphraser ce que VAG (le groupe dont Audi fait partie) dit de leurs voitures : la voiture reflète le statut social de son conducteur. Voilà, c'est dit. C'est pas bien, mais JF veut qu'on le respecte. Et en passant qu'on le croit plus important que ce qu'il est (en vrai c'est un type ordinaire). Même si c'est par le biais de sa voiture. Et il faut admettre que les grosses A4, A6 et A8 inspirent du respect. Tout ce chrome, cet énorme calandre qui avale tout ceux qui la contraignent, cet intérieur sombre parfaitement ajusté qui vous isole du monde imparfait, ces compteurs qui s'allument quand on ouvre la portière (les autres marques ont de suite recopié la trouvaille), tout ca rend jaloux les voisins mais d'une jalousie respectueuse. On ne s'attaque pas à une Audi comme on le ferait contre une vulgaire BM. Ceci dit cela n'enlève pas la nécessité d'avoir une bonne alarme et une assurance antivol. Mais il y a un problème. Les Audi sont chères, surtout en diesel. Acheter une Audi essence est stupide, pourquoi payer des sommes pareilles si on ne profite même pas du fameux TDI ? Et puis qui en France se rappelle encore que le petit " 4.2 " marqué à coté du minuscule " quattro " signifie " un des meilleurs v8 du monde, 300 patates et luxe absolu ".

Afin d'éviter toutes discutions stériles au sujet des prix et des avantages JF décide d'amener sa femme chez Audi Palace du coin. Chez Audi c'est comme ça, soit on est Palace soit on est VW, Seat ou Scoda. Ce sont des gens qui savent vivre, ils ne se privent pas. Et ils font profiter les clients qui en arrivant chez eux se sentent tout de suite … Euh, estimés. Oui, c'est aussi une caractéristique d'Audi. Les vendeurs sont formés pour repérer les vrais acheteurs et les faux jetons qui ne sont là que pour visiter un Palace. En plus les gens sont souvent déçus parce qu'en réalité leur Palace ce n'est qu'un garage de bagnoles et ca sent la gomme. Mais les vendeurs sont bien coiffés.

Le plan de JF était le suivant. D'abord il faut que sa femme soit impressionnée par le chrome et les rondeurs de forme des nouveaux modèles exposés dans le Palace. Il parait que c'est étudié exprès pour plaire aux femmes pour qu'elle fasse acheter leur binôme. Ensuite sa femme va voir le prix et va dire " C'est cher ! ". Mais étant déjà sous le charme de la marque elle ne résistera plus à la tentation d'aller voir les modèles d'occasion exposés dehors bien cachés derrière un panneau publicitaire (il ne faut pas que les gens pensent que certains se séparent de leur Audi).

Au début tout se passait comme prévu. Le Kangoo a été garé à 200m de la concession et ils sont venu à pied. En ouvrant les portes du Palace ils ont été accueillis par les larges calandres chromées et un carrelage éblouissant. JF s'est de suite dirigé vers la voiture la plus proche de l'entrée mais en voyant de loin un " 45 " en bas de la fiche descriptive a dévié la trajectoire pour amener sa femme vers une carrosserie plus modeste. La voiture leur a plu à tous les deux. Ils ont continué à regarder d'autres modèles en espérant qu'un vendeur se décide enfin de venir les voir. Mais voilà, le vendeur des occases était déjà occupé dehors. Les deux autres vendeurs discutaient en rigolant dans un bureau au fond du Palace sans faire attention aux visiteurs. Ils ne touchaient de commissions que sur du neuf. La femme de JF n'étant pas maquillée et portant une veste " Decathlon " l'estimation des acheteurs avait été faciles à faire. L'expérience avait été un peu blessante, surtout pour une première visite. Mais ce n'est pas important, ils n'auront pas à revenir ici souvent, c'est pour ca qu'ils achètent allemand !

Ils ont beaucoup hésité entre les modèles d'occasion. Les petits kilométrages diesels étaient chers malgré les jantes en tôle et l'absence de climatisation. Les gros kilométrages étaient trop gros (plus de 200mkm). Les meilleurs modèles aux prix raisonnables étaient des essences puissantes : pas question d'acheter un goinfre.

Le plan ne se déroulait pas comme prévu. La femme de JF en avait marre. Elle avait déjà compris qu'elle n'aura pas son monospace et que la 405 a de beaux jours devant elle. JF aurait préféré que les modèles qui en jettent soient moins chers.

Après une petite consultation ils se mettent d'accord au sujet de la A4 TDI break grise de 115ch et de 90mkm, malgré les jantes en tôle (la femme n'en a rien à faire) et l'absence de clim (il ne fait chaud que 1-2 mois dans l'année). La femme est satisfaite par la taille du coffre, même si elle le trouve petit pour un break.

En revenant au Palace (le vendeur des occases avait disparu) le couple assiste à une engueulade entre un client et un gars en blouse de mécanicien mais un stylo dans la poche supérieure (c'est le chef d'atelier). Il est question d'un certain débitmètre qui aurait été changé deux fois en 6 mois pour la modique somme de 300 euros par débitmètre. Le client n'est pas content, mais JF se dit que le gars n'a qu'à acheter un diesel récent pour éviter ce genre de soucis.

Le vendeur est de retour. Il a l'air content et a des miettes de pain sur la joue. " Bien sur qu'on peut aller faire un essai ! ". La femme de JF s'installe derrière. " Tu ne veux pas conduire chérie ? Non non, vas y, tu t'y connais mieux ". Le vendeur se met à coté. Il explique à JF le fonctionnement du chauffage électronique et lui montre les deux boutons de réglage du siège. " On ne peut pas régler l'assiette ? " Le vendeur le regarde ahuri et se dit que ce gars n'a pas vu que des Twingo.

JF allume le moteur. Ca tremble un peu et ca ne sent pas bon par la ventilation. Ils partent faire un tour. Le moteur est bien nerveux et la caisse se cabre à chaque accélération, ce qui augmente d'avantage la sensation de poussée. JF s'arrête au feu. Derrière lui arrive à toute allure une voiture et freine au dernier moment. JF veut impressionner. Dès que le feu passe au vert il accélère à fond, passe la seconde, accélère à fond et jette un coup d'œil dans le retro. La voiture est toujours derrière, sans le coller mais pas loin. Ok, JF continue à accélérer et le moteur commence à se ternir et à faire un drôle de hurlement. On est à 4500tr, le rouge n'est pas loin. JF passe la troisième et tout à coup entend un " vroam " si habituel. La voiture de derrière est déjà en train de se ranger devant lui.

JF reconnaît les deux doubles sorties et l'ovale avec un trident au milieu. Et soudain tout lui revient: l'odeur, le bruit, les accélérations, l'intérieur luxueux. Ce n'est pas juste ! Le jour d'un nouveau départ le passé le rattrape, et le nargue.

Le vendeur à l'air amusé. " Ca c'est de la caisse ! " dit-il. " Laissez tomber, aucune chance de le rattraper. Mon cousin en a une exactement comme ça. Ca vous plaque au siège vous ne pouvez même pas imaginer. " Mais si ! Il peut se l'imaginer, et même le sentir. Et il a envie de hurler qu'il sait ce que c'est que de pouvoir arriver à 140 dans un virage, donner un petit coup de freins pour bien se placer et de se faire de nouveau plaqué en sortie de la courbe. Et de sortir des rond-points toujours avec 20 mètres entre lui et les voitures qui le suivent sans faire d'efforts de passer vite. Et de sentir le monstre qui se déchaîne jusqu'au rupteur sans jamais s'essouffler. Oui, il sait tout ça. Mais il ne dit rien et il passe la cinquième.